Littérature érotique et typographie – 5

© Anastasia Mastrakouli, Naked Silhouette Alphabet, photos, 2013

© Anastasia Mastrakouli, Naked Silhouette Alphabet, photos, 2013

Dans la perspective de monter une exposition pour une version pas du tout « à l’eau de rose » de la Saint-Valentin (14 février),  le professeur de typographie – Bruno Lombardo – et moi-même avons proposé aux étudiants des Bachelors 2 et 3 de la section Graphisme de l’ESA Saint-Luc de Tournai de  produire des créations typographiques sur base de textes issus de la littérature érotique.

Voici leur choix – toutefois encore un rien incomplet à la présente date (il manque encore 3 ou 4 textes). Pour en lire l’ensemble – au total, ils sont 28 -, se reporter au titre de l’article et, dans le blog, aux autres articles portant ce même titre accompagné d’un chiffre. Les résultats de leur travail sera bien entendu publié pour la rouge date.

17. Thomas2 – Bac2 Graphisme

Con large comme un estuaire

Où meurt mon amoureux reflux

Tu as la saveur poissonnière

L’odeur de la bite et du cul

La fraîche odeur trouduculière

Femme ô vagin inépuisable

Dont le souvenir fait bander

Tes nichons distribuent la manne

Tes cuisses quelle volupté

Même tes menstrues sanglantes

Sont une liqueur violente

Guillaume Apollinaire, Con large comme un estuaire (1914), in Cortège priapique (La Havane, Au cabinet du libre, 1925), Rééd. in Le cortège priapique suivi de Julie, ou la rose, Ed. Au cercle du livre précieux, 1962, exemplaire n° 198 – p. 13

18. Mariane – Bac2 Graphisme

Dans la Haute-Rue à Cologne

Elle allait et venait le soir

Offerte à tous en tout mignonne

Puis buvait lasse des trottoirs

Très tard dans les brasseries borgnes

Elle se mettait sur la paille

Pour un maquereau roux et rose

C’était un juif il sentait l’ail

Et l’avait venant de Formose

Tirée d’un bordel de Changaï

Je connais des gens de toutes sortes

Ils n’égalent pas leurs destins

Indécis comme feuilles mortes

Leurs yeux sont des feux mal éteints

Leurs coeurs bougent comme leurs portes

Guillaume Apollinaire, Maribizill, in Alcools, éditions Gallimard (1920), réed. Gallimard / Nrf – collection Poésies, 1977, p. 51

19. Marie – Bac2 Graphisme

« Tout fait l’amour.» Et moi, j’ajoute,

lorsque tu dis : « tout fait l’amour» :

Même le pas avec la route,

La baguette avec le tambour.

Même le doigt avec la bague,

Même la rime et la raison,

Même le vent avec la vague,

Le regard avec l’horizon.

Même le rire avec la bouche,

Même l’osier et le couteau,

Et L’enclume sous le marteau.

Même le fil avec la toile,

Même la terre avec le ver,

Le bâtiment avec l’étoile,

Et le soleil avec la mer.

Comme la fleur et comme l’arbre,

Même la cédille et le ç,

Même l’épitaphe et le marbre,

La mémoire avec le passé.

Même la rime et la raison,

Même le vent avec la vague,

Le regard avec l’horizon.

Même le rire avec la bouche,

Même l’osier et le couteau,

Et L’enclume sous le marteau.

Même le fil avec la toile,

Même la terre avec le ver,

Le bâtiment avec l’étoile,

Et le soleil avec la mer.

Comme la fleur et comme l’arbre,

Même la cédille et le ç,

Même l’épitaphe et le marbre,

La mémoire avec le passé.

La molécule avec l’atome,

la chaleur et le mouvement,

L’un des deux avec l’autre tome,

Fût-il détruit complètement.

Un anneau même avec sa chaîne,

Quand il en serait détaché,

Tout enfin, excepté la Haine,

Et le coeur qu’elle a débauché.

Oui, tout fait l’amour sous les ailes

De l’amour, comme en son Palais

Même les tours des citadelles

Avec la grêles des boulets.

Mêmes les cordes de la harpe

Avec la phalange du doigt,

Même le bras avec l’écharpe,

Et la colonne avec le toit.

Le coup d’ongle ou le coup de griffe,

Tout, enfin tout dans l’univers,

Excepté la joue et la gifle,

Car… dans ce cas l’est à l’envers.

Et (dirait le latin honnête

Parlant des choses de vénus)

Comme la queue avec la tète,

Comme le membres avec l’anus.

Germain Nouveau, Le baiser, in Valentines (1922), in Anthologie des lectures érotiques, volume de Pierre Louÿs à André Gide, éditions Jean-Jacques Pauvert, Paris, 1981, p. 217

20. Clémence – Bac 2 Graphisme

Le vicomte Branleur des Couilles-Molles contemplait fièrement, la queue traînant dans un verre de porto, son arbre généalogique. Au fur et à mesure qu’il les voyait brandir leur vit roide comme une lance dirigée vers Dieu, le sien d’agitait de plus en plus convulsivement dans le porto qui moussait comme du sperme battu.

Qu’il mousse donc ce porto, ce sperme, cette fumée affolée qui obscurcit le ciel de toute une ville dont les habitants ont décidé de faire sonner les douze coups de midi (et de minuit) accompagnés par un «qu’est ce qui m’a foutu un bougre de sale Dieu (une ordure de vierge) incapable de jouir comme une trompette du jugement dernier ?» afin de montrer qu’à cet instant leur sperme s’élance vers le soleil.

Mais la mousse du porto, que ne buvait pas le vicomte, ne tarda pas à s’émouvoir. Ce n’est pas en vain qu’on branle du vin, même cuit ! De ce verre jaillit une énorme colonne de mousse qui prit vite des contours féminins et, la vision se précisant, les cuisses s’entrouvrirent pour laisser voir un joli petit chas frais comme un oiseau qui s’envole d’un sureau en fleurs.

Du coup, la pine du vicomte s’agita avec tant de force que le verre dur brisé, fendu plutôt par le milieu et, la pine s’allongeant comme une barre de fer rougie au feu sous le manteau du forgeron pénétra dans le con comme un autobus dans un magasin de porcelaine. En même temps, le vicomte s’arrachait un à un les poils pubis en murmurant : «Je m’aime… un peu… beaucoup… passionnément… pas du tout… Je m’aime…» et ainsi de suite jusqu’à ce que son foutre, prenant son élan, bondît capricieusement à travers le vagin de l’apparition qui ne jugea pas nécessaire d’imiter le cri de la grenouille, montrant par là qu’elle jouissait comme un étang au soleil. Le vicomte venant d’arracher son dernier poil et de constater qu’il «s’aimait» tout simplement.

Il sortit son vit et avant même qu’il eût pu se rendre compte de ce qui se passait autour de lui, son foutre qui, maintenant, était couvert de poils, jaillissait du vagin où il avait été projeté et venait le griffer au visage : son foutre était un troupeau de chats qui miaulaient de colère.

Après s’être bien battu contre les chats furieux, il releva, le visage ensanglanté, et vit que tous les animaux s’étaient réfugiés dans un arbre s’élevant maintenant au milieu de la pièce. Ce végétal qui était fait d’un assemblage bizarre de queues et de couilles projetait sans arrêt par l’un quelconque de ses membres un jet de sperme qui, après avoir décrit une parabole, descendait en spirale vers le sol.

– Mon arbre généalogique ! s’écria le vicomte, étonné.

Et, tout autour de lui, sortant des cadres où ils étaient enterrés, ses ancêtres s’approchèrent. Leur vit, gonflant leur pantalon ou bosselant leur armure, les précédait à cinq pas, cependant que les poils qui l’entouraient sortaient par toutes les coutures de leurs vêtements. Les femmes se branlaient avec la croix ou pissaient dans les ciboires d’où s’enfuyaient d’énormes crapauds. Bientôt, tous furent autour de lui, le harcelant de leurs questions :

– As-tu violé une chinoise aux yeux verts ?

– T’es-tu fait pincer la queue par une huître ?

– Combien de tire-bouchon t’es-tu mis dans le cul ?

– As-tu une alliance à la queue ?

– Ton portrait est-il tatoué sur tes couilles ?

– As-tu joui de la tête d’un guillotiné ?

– As-tu ouvert un coffre-fort avec ta queue ?

– Combien de religieuses as-tu enculé pendant qu’elle prononçaient leurs voeux ?

– As-tu fait l’amour sur le clavier d’un piano ?

– Combien de crânes as-tu fendu à coup de vit ? Et, dans le nombre, combien de curés, combien de militaires, combien de vieille pauvresses ?

– As tu sodomisé des animaux au jardin des plantes ? Lesquels ?

– Que penses-tu de la ménure-lyre ?

– Mets-tu des lunettes pour faire l’amour ?

– Te branles-tu avec une corde de pendu ?

– As-tu branlé un serpent à sonnettes ?

Et mille autres questions.

Branleur, tout en frottant son vit sur la bosse d’une de ses aïeules naines, répondait laconiquement d’une voix haletante :

– Pas de chinoise… trop grosse queue… Non, je les mange… dans celui de mon concierge… Non, mais j’ai des pendants d’oreilles aux couilles… La bataille d’Austerlitz seulement… A chaque exécution capitale… Je le mange ensuite à la vinaigrette… Je n’ai pas de coffre fort… Deux ou trois cents… non, j’aime mieux avoir une trompette dans le cul… Je n’ai fait que crever des yeux, de curé de préférence… Deux ou trois officiers de cavalerie aussi… Ah! Oui, presque tous. il n’y a guère que le crocodile que je n’ai pu avoir, il était trop serré… Délicieuse, la lyre autour des couilles!… Un rat blanc sur la tête, c’est beaucoup mieux… Presque tous les jours… Les sonnettes seulement… Chaque fois que je passe sur un viaduc… Vive le jambon!… Ah! les barbes de patriarche!… M. Poincaré? Avec une fourchette seulement… Dans les arbres fruitiers, c’est parfait : ça fait mûrir les fruits et ils tombent…

Mais la foule grossissait autour de lui. Ils étaient près de cent, le vit en l’air ou le con humide, les uns avec le faucon au poing ou traînant une troupes d’oies, les autres coiffés du chapeau haut-de-forme ou de toutes sortes de brosses. Une centaine qui attendaient que quelqu’un pétât la «Marseillaise» pour hisser les foutre comme un drapeau victorieux.

Benjamin Peret, Satyremont, in Anthologie des lectures érotiques, volume de Roger Peyrefitte à Tennessee Williams, éditions Jean-Jacques Pauvert, Paris, 1981, p. 192-194
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