Littérature érotique et typographie – 2

Alphabet issu de l'ultime numéro (14) du magazine Avant-Garde (1969/1971). Les scans présentés ici ont été trouvés sur le défunt blog People for the ethical treatment of typography.  La séance photo a eu lieu à Amsterdam et a été conçue et réalisée par : Ed van der Elsken, Anna Beeke, Pieter Brattinga, Anthony Beeke, et Geert Kooiman.

Alphabet issu de l’ultime numéro (14) du magazine Avant-Garde (1969/1971). Les scans présentés ici ont été trouvés sur le défunt blog People for the ethical treatment of typography.
La séance photo a eu lieu à Amsterdam et a été conçue et réalisée par : Ed van der Elsken, Anna Beeke, Pieter Brattinga, Anthony Beeke, et Geert Kooiman.

Dans la perspective de monter une exposition pour une version pas du tout « à l’eau de rose » de la Saint-Valentin (14 février),  le professeur de typographie – Bruno Lombardo – et moi-même avons proposé aux étudiants des Bachelors 2 et 3 de la section Graphisme de l’ESA Saint-Luc de Tournai de  produire des créations typographiques sur base de textes issus de la littérature érotique.

Voici leur choix – toutefois encore un rien incomplet à la présente date (il manque encore 3 ou 4 textes). Pour en lire l’ensemble – au total, ils sont 28 -, se reporter au titre de l’article et, dans le blog, aux autres articles portant ce même titre accompagné d’un chiffre. Les résultats de leur travail sera bien entendu publié pour la rouge date.

6. Léa – Bac3 Graphisme

Profondément. Vous inspirez profondément… L’air emplit vos poumons, se réchauffe… gardez-le quelques instants, gouttez-le… Expirez… jusqu’à la dernière bouffée… Attendez une seconde, sans bouger… inerte… Inspirez de nouveau, lentement… Les bruits de la rue ne vous importunent pas, ils sont rassurants, constants  et d’un volume égal… le bourdonnement de l’habitude. Vous êtes étendu, le moelleux du sofa soutient votre dos sur toute sa longueur, votre nuque est bien calée… Les jambes sont parallèles, les bras posés le long du corps. La paume de vos mains est tournée vers le velours… vos paupières sont closes. Closes sans efforts particuliers, sans pression. Vous entendez le son de ma voix, rien que ma voix, comme un vent chaud et léger qui caresse votre visage… Calme…paisible. Votre respiration se fait profonde, calme… de plus en plus profonde et calme. Vos doigts sont parfaitement détendus. Languissante, épaisse comme du miel, une vague de tranquillité gagne doucement vos mains entières, vos bras. Ma voix détend votre nuque, vos machoires. Vous pensez à mes lèvres, qui articulent calmement, à ma gorge qui produit les sons, à ma langue qui les transforme. À mesure que vos bras et votre poitrine se détendent, ma voix roule de votre nuque le long de votre dos, enveloppe les omoplates. Vous êtes bien. Calme. Détendu. Le bruissement souple d’une étoffe, vous vous dites que je fais glisser ma jupe. Vous vous représentez cette lenteur… Vous êtes bien, vous n’ouvrez pas les yeux, vous n’avez pas besoin d’ouvrir les yeux pour connaître mes jambes, pour savoir cette longueur… vos tympans vous murmurent la texture de mes bas, la courbe de mes cuisses. Vous êtes immobile. Je vais me rapprocher de vous… Ma voix se fait plus présente, mon fauteuil est à un mètre de vous, du divan où vous êtes étendu, lourd et calme comme un lac, paisible. Vos membres sont pesants, tellement que vous pourriez les abandonner, les laisser derrière vous. Vous avez entendu ? C’était le son de ma peau sur le cuir. Je viens de me rasseoir. Je n’ai gardé que mes bas. D’anciens bas… Ils ont passé de longues années dans un placard, protégés avec soin. Ils m’ont attendue la moitié d’un siècle, tranquillement, leur soie douce… ils sont l’ombre de mes jambes… légère… une brise… Vous êtes une brise… vous seriez une brise sans la chaleur, sans la dureté de votre verge contenue… Je vois les courants de votre corps converger vers elle, comme un axe qui vous retient au sol… autour, vous n’êtes presque plus rien, vous vous fondez dans la pièce, vous me voyez depuis le mur, depuis le plafond, la porte, depuis le fauteuil où je me tiens jambes croisées. Vous voyez chaque grain de ma peau, chaque battement de mon cœur ou maille de mes bas, le petit renflement au dessus de la jarretière, le plissement de l’aisselle, dans lequel un homme pourrait vouloir se glisser, vous voyez mes chairs les plus intimes. Vous multipliez les points de vue jusqu’à m’appréhender totalement, jusqu’à voir dans l’air les changements que provoque ma simple présence, les ondes des battements de mon cœur, des cercles sur le lac… Vous vous concentrez sur mon cœur… sur le mamelon. Vous vous dites que c’est étrange, que sa couleur ne diffère presque pas de celle du sein qu’il couronne… Les côtes flottantes… flottantes… un mot qui vous convient… Vous détaillez mon nombril, un petit dôme au fond d’un creux, et puis vous êtes impatients, votre sexe vous rend impatient, vous pensez à… vous le voyez… plus petit. Vous regardez ses reliefs, ce froncement à peine plus sombre… L’univers se rejoignant en lui-même, se croisant en un point d’absolu plaisir… Ne vous contentez pas de le regarder, léchez-le. Léchez -le du regard, léchez-le du bout du sexe, explorez chaque relief, chaque rayon, enfoncez pointez la langue jusque dedans, la langue que rejoint le sexe… vous n’êtes rien de plus qu’une brume drainée par un axe de queue, de nerfs, de muscles bandés, de toucher jouir baiser que j’accueille, millimètre après millimètre… après millimètre… après millimètre… Je vous accueille… Je me laisse prendre, peu à peu, mon propre poids décidant seul jusqu’où… Vous n’entendrez bientôt plus que des souffles, des chuintements de bas, des paumes de mains plaquées au mur, vous fermez les yeux maintenant, plus fort que jamais, vous fermez les yeux de votre esprit vous n’essayez pas d’être plus dur, vous retenez vos nerfs votre foutre, votre queue s’engourdit dans la raideur… Vous durez… vous êtes en train de durer, fourmillement dur, vous êtes l’axe de chair pour des heures si vous le souhaitez, l’axe que vous me laissez emprunter ? Vous me laissez… comme je le veux… aussi profond… je vous sens au plus profond, écartée… je suis largement ouverte… vous sentez le sillon de mes fesses contre votre bas-ventre, vous savez le nid de viscères autour de votre  gland… Et quand je me soulève, quand je suis prête à me retirer… la soudaine panique d’être seul une seconde… le vide… … le corps entier de chaleur vivante qui vous entoure à nouveau… Onctueux… vous ne jouissez pas, vous êtes la jouissance… vous êtes un lac… vous épousez la forme du monde et voyagez en vous-mêmes sur des courants qui convergent… Des centaines de variations s’interprètent, des courbes par milliers, des masses éphémères, des ondes ou des fluides, se pénètrent et se fondent, mais toutes portent leurs sédiments au centre du lac… vous êtes bien… calme… l’axe de queue minérale pour toujours… aussi souvent qu’il me plaira… aussi… souvent… … …

Votre corps se fait plus présent… plus équilibré… vos pieds, vos mains existent autour de votre sexe… à mesure que la conscience du monde immédiat vous gagne, votre acuité s’amenuise… le poids de vos paupières vous revient à l’esprit, vous ne verrez pas tant qu’elles sont fermées… vos souvenirs…  vos souvenirs rejoignent un lieu souterrain, précieux… Je porte des bas ? Vous n’en savez rien… Vous ne savez même pas pourquoi vous êtes venu me voir… vous êtes bien… ignorant et paisible… détendu… paisible… … détendu…

Boutonnez votre chemise.

Lorsque nous nous reverrons, je compterais jusqu’à trois. Vous vous dénuderez et vous banderez. Vous serez l’axe du monde… du mien… parfois si le goût m’en vient, je vous demanderez de jouir. Et vous le ferez.

À en devenir fou.

Réveillez-vous.

Hanna Bauer, Vous êtes un lac, éditions Derrière la Salle de Bain, Rouen

7. Léonard – Bac3 Graphisme

Quand tu as fini d’agiter tes fesses, de me râper la peau avec tes joues mal rasées, de me fourrer , d’aplatir tes couilles contre mes cuisses, tu crois qu’il se passe quoi ?  Eh bien, tu la ranges dans ton slip pisseux, tu l’enterres tout au fond, tu refermes ta braguette par dessus et tu laisses le petit ver solitaire se reposer. Il te restera à dégager cette porte, l’ouvrir et repartir d’où tu viens. Ça te laissera un bon souvenir, celui de t’être pris pour un homme au moins une fois dans ta vie.

Frédérique Martin, Les filles d’Eve, in recueil Ad libido, éditions du Chemin de fer et édition in 8, 2013, p.100

8. Marion – Bac2 Graphisme

Virginité, virginité, où t’envoles-tu après m’avoir abandonnée ? … Je ne reviendrai plus vers toi, je ne reviendrai plus.

Venez ici, Muses, abandonnez votre brillant séjour ! … Venez maintenant, Grâces délicates, et vous Muses à la belle chevelure ; … Venez chastes Grâces aux bras de rose, venez, filles de Jupiter ! …

Luth divin, réponds à mes désirs, deviens harmonieux ! … C’est toi-même, Calliope …

Les dédains de la tendre et de la délicate Gyrine ont enfin déterminé mon cœur pour la belle Mnaîs… L’amour agite mon cœur comme le vent agita les feuilles des chênes sur les montagnes… Je volerais sur le sommet élevé de vos montagnes et je m’élancerais entre tes bras, toi pour qui je soupire… Tu m’enflammes… tu m’oublies entièrement ou tu en aimes un autre plus que moi… Mets des couronnes de roses sur tes beaux cheveux ; cueille avec tes doigts délicats les branches de l’aneth… La jeune beauté qui cueille des fleurs en paraît encore plus charmante et plus belle… Les victimes ornées de fleurs sont agréables aux dieux, ils dédaignent toutes celles qui ne sont point parées de guirlandes… Je vais chanter maintenant des airs mélodieux qui feront les délices de mes amantes… Le rossignol annonce le printemps par ses doux sons… Plusieurs guirlandes et plusieurs couronnes de fleurs environnaient son cou… L’Amour est fils de la terre et du ciel… La Persuasion est fille de Vénus… Réjouissez-vous, jeune épouse ; réjouissez-vous, époux respectable !… Ami, tenez-vous vis-à-vis de moi ; que vos yeux brillent de tout leur feu et de toute leur grâce… L’eau fraîche d’un ruisseau murmure doucement dans ces vergers sous les branches des pommiers… J’ai dormi délicieusement pendant mon songe dans les bras de la charmante Cythérée…

Le bruit des feuilles agitées a dissipé mon sommeil…

Sappho, Fragments, traduction Ernest Falconnet, http://remacle.org/bloodwolf/poetes/falc/sappho/oeuvre.htm
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